La science sélectionnée : Une campagne de l’industrie pour empêcher une norme d’exposition professionnelle pour le chrome hexavalent

Elévation du risque de cancer du poumon pour des expositions intermédiaires et élevées

Exposition moyenne au Cr(VI) Odds ratio IC 95% [1] Commentaire
Faible (<1,2μg/m2) référence (cad de 1,00) non applicable-
Intermédiaire (1,2-<5,8μg/m2) 4,9 1,5-16,0 absent dans la publication révisée
Elevée (>5,8μg/m2) 20,2(6,9) 6,2-65,4(2,6-18,2) les chiffres entre parenthèses sont issus de la publication révisée)

RESUME [2]

Alors que l’exposition au chrome (Cr VI) a été associée à une augmentation du risque pour le cancer du poumon depuis plus de 50 ans, aucune réglementation n’a été introduite par l’OSHA (Occupational Safety and health administration) aux Etats-Unis sur la base de sa carcinogénicité. L’agence a été saisie en 1993, puis poursuivie en 1997 et en 2002, dans le but de diminuer les seuils d’exposition en milieu professionnel. Ces démarches ont donné lieu à une décision de justice commandant qu’une norme soit prise pour février 2006. Devant la menace d’une réglementation plus sévère, l’industrie a entrepris un effort de remise en question des preuves scientifiques en faveur de la nécessité de normes plus protectrices. Cet effort a impliqué des consultants de “défense des produits” pour conduire des analyses post hoc d’études réalisées avec des fonds publics pour contester les résultats jugés défavorables pour l’industrie.

L’industrie a également commandé une étude de la mortalité dans quatre usines où l’exposition était considérée faible, mais n’a pas fourni à temps les résultats à l’organisme compétent (l’OSHA), malgré les demandes répétées de celui-ci, justement pour ce type de données. Cette étude a révélé une augmentation significative du risque de cancer du poumon chez les ouvriers exposés au Cr(VI), pour des niveaux d’exposition bien en dessous des normes actuelles. La conclusion a été modifiée après séparation des données issues des multiples sites en deux composantes, statistiquement sous-dimensionnées et publiées séparemment. Les résultats du premier papier ont été utilisés par l’industrie pour ralentir le processus de promulgation d’une norme par l’OSHA. Le second a été dissimulé jusqu’à ce qu’il soit accepté pour publication dans un journal scientifique, intervenue après la date limite pour la prise en compte dans la procédure.

Des études à financement privé qui tentent d’influencer les procédures réglementaires publiques devraient être soumises aux mêmes règles d’accessibilité et de publicité qui s’appliquent à la science financée par les fonds publics. Dans le cadre de ces procédures, il devrait être exigé des parties de divulguer si les chercheurs étaient libres de présenter leurs résultats sans l’influence du financeur et de garantir que toutes les données pertinentes ont été soumises au processus, qu’elles soient publiées ou non.

1 Message

Poser une question

Notes

[1intervalle de confiiance à 95%

[2Article publié dans Environmental Health de février 2006 - version pdf attachée

--- Questions à rédaction courte ---

Sujets Corrections

Caractéristiques des études d’exposition et puissance

Répondre

Expliquez ce que signifie le terme sous-dimensionnement de l’étude révisée proposée par l’industrie. Quel est le paramètre important et la principale conséquence ?

Réglementation de l’exposition : objectifs et normes

Répondre

La norme d’exposition, établie en 1943, et toujours en vigueur selon l’OSHA est de 52μg/m2. Que vous inspire la différence par rapport aux chiffres issus de l’étude du risque d’apparition de cancers du poumon ?

Le odds ratio pour les cancers du poumon à la dose > à 5,8μg/m2 vous semble-t-il élevé par comparaison à d’autres situations connues ?

SPIP  Mise à jour : le 26 septembre 2022 | Chartes | Mentions légales | A propos